Claude Tag : un seul Claude pour toute l'équipe
Anthropic sort Claude Tag : un Claude qui vit dans un canal Slack et garde la mémoire de l'équipe. Ahmat Faki détaille les trois murs que ça fait tomber, et ce que ça coûte.
Anthropic vient de sortir Claude Tag. Pour comprendre ce que ça change dans le quotidien d’une boîte qui a mis l’IA partout, on a posé quelques questions à Ahmat Faki, VP Innovation & AI Strategy chez Mobsuccess.
TAG. HER. HAL : un clin d’œil au cinéma dans le choix du nom par Anthropic ?
La coïncidence est trop belle. Tag, Her, Hal : toujours trois lettres pour parler d’assistants IA omniscients. Mais ce qui m’a fait sourire avec Claude Tag, au-delà du clin d’œil au cinéma, c’est l’endroit où ça revient : dans Slack.
Beaucoup l’ont oublié, mais la première fois qu’on a croisé Claude, ce n’était pas une interface web léchée. C’était un bot Slack, en DM, gratuit, et déjà étonnamment pertinent sur le contexte. On boucle la boucle.
Justement, quels agents d’IA sont utilisés aujourd’hui chez Mobsuccess ?
Depuis 2023, on en a fait du chemin. Dust, ChatGPT, Claude, nos propres agents internes, Claude Code, Claude Cowork, Claude Design… On a testé, intégré, parfois abandonné, souvent gardé.
Et ces derniers mois, l’impact est devenu impossible à ignorer : de la création de visuels à la prospection, en passant par la production de reportings, Claude nous fait gagner du temps sur quasiment tous nos métiers.
Et pourtant tu parles de « murs ». Lesquels ?
Trois, très concrètement.
Le premier : comment partager un seul cerveau d’entreprise à toutes nos IA ? On a une base de connaissance, des milliers d’interactions chaque jour, des données éclatées dans le CRM, la facturation, les emails.
Nos équipes font sens de tout ça naturellement. L’IA, elle, il faut encore souvent la nourrir de contexte à la main pour qu’elle rédige « le mail parfait » ou réponde vraiment à un brief.
Le deuxième : tout le monde n’a pas besoin du même contexte. Un commercial, un media trader, un créa, un dev n’ont pas les mêmes outils ni les mêmes objectifs. Tout brancher rôle par rôle, à la main, ça devient vite ingérable.
Le troisième : comment capitaliser sur les expérimentations de chacun ?
On aimerait que le Claude de François soit aussi malin que le Claude de Camille.
Et Claude Tag répond à ça ?
Il commence, oui. Le principe : un Claude qui vit dans un canal Slack, partagé par toute l’équipe. Pas une session privée par personne, mais un seul Claude que tout le monde voit travailler et que chacun peut reprendre. Il garde la mémoire des échanges, jour après jour.
La mémoire s’accumule là où le travail se passe déjà : le cerveau d’entreprise ne se construit plus à côté de l’activité, mais dedans.
Un exemple concret qu’on regarde chez nous : dès qu’une campagne se termine, Claude comprend qu’il doit en produire le bilan. Il s’appuie sur tout le contexte du canal client, va se connecter aux bonnes données, et prépare la version la plus pertinente possible.
Le matin, les équipes arrivent et le bilan les attend déjà dans le canal : il ne reste plus qu’à le finaliser ensemble, en discutant directement avec Claude Tag.
Et comme chaque canal a son propre Claude, scopé avec ses outils et ses accès, le deuxième mur tombe aussi : le Claude du canal sales ne voit pas la même chose que celui du canal créa.
Tu disais que le troisième mur était le plus intéressant. Pourquoi ?
Parce que dès qu’on travaille en public, on apprend beaucoup plus vite. Chez Stripe, leurs agents IA (les fameux « minions ») se déclenchent directement dans Slack et bossent à la vue de tous : le prompt, le raisonnement, le résultat.
Chacun voit comment les autres se servent de l’IA, copie ce qui marche, corrige ce qui rate. La bonne recette ne reste plus coincée dans un historique perso, elle devient un réflexe d’équipe. C’est comme ça que le Claude de François finit par valoir celui de Camille.
Pas de revers à la médaille ?
Si, et il ne faut pas se mentir. Un assistant toujours allumé qui lit et retient les conversations, ça pose de vraies questions : gouvernance, confidentialité, qui a accès à quoi, et le coût quand le mode « ambient » tourne sur des canaux très actifs.
Le pricing change d’ailleurs de logique. Jusqu’ici, on payait un abonnement par collaborateur, prévisible. Claude Tag, lui, se facture à l’usage, sur les prix de l’API. Sur un agent allumé en permanence, la note peut grimper vite et devient bien plus difficile à anticiper.
Alors, on se rapproche de Her et de Hal ?
Sur le fond, la direction est claire : on passe d’assistants individuels à un coéquipier partagé qui accumule du contexte. C’est exactement le chaînon qui nous manquait.
Avec Claude Tag, on s’en rapproche un peu plus. Reste une vraie question : a-t-on vraiment envie de sous-traiter toute la fabrique de cette intelligence contextuelle à Anthropic ?