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JingleGen et memenagement : quand le fun devient un socle technologique

Un générateur de memes monté en 4 jours avant la soirée de Noël, devenu une brique qu'on vend aujourd'hui à nos clients. Chloé Pelletier et Maxence Marchal racontent le memenagement.

Chloé Pelletier et Maxence Marchal, sur la cover de l'interview consacrée à JingleGen et au memenagement.

Chez Mobsuccess, certaines briques technologiques stratégiques ne naissent pas en comité de direction.

Elles émergent au détour d’un sprint planning détourné en concours de memes.

Chez Mobsuccess, l’innovation ne suit pas toujours une roadmap classique. Elle se nourrit de jeu, de culture Internet et d’expérimentations internes assumées.

C’est ainsi que JingleGen, un simple générateur de memes lancé quatre jours avant une soirée de Noël est devenu un terrain d’expérimentation grandeur nature, puis un socle technologique aujourd’hui intégré aux solutions vendues aux clients.

Derrière cette trajectoire improbable : une philosophie maison, le “Memenagement”, où créativité, agents IA et bidouille collective deviennent un vecteur d’innovation. Un levier stratégique.

On a pris un (looong) café avec Chloé Pelletier, Chief Product Officer, et Maxence Marchal, AI Engineer, pour explorer cette approche.

Chloé Pelletier et Maxence Marchal en plateau d'interview, assis côte à côte face à la caméra : une image générée avec JingleGen, l'outil dont parle l'article.

Pour commencer, présentez-vous : votre poste, votre parcours technologique et votre expérience avec l’IA

Chloé — Je suis Chloé, Chief Product Officer. Cela fait bientôt 6 ans que je suis chez Mobsuccess ! Mon profil est hybride, entre la tech et le produit. Au quotidien, je gère la livraison ainsi que le développement des produits chez Mobsuccess. Mon rôle est également de porter la stratégie qui est décidée par l’ensemble du Codir.

Maxence — De mon côté, je suis Maxence, AI Engineer chez Mobsuccess. Je suis chez Mobsuccess depuis début 2021. J’ai d’abord collaboré avec l’équipe en tant que freelance, avant de passer en CDI à temps plein en janvier 2025. Mon travail consiste à concevoir et à architecturer des solutions autour de l’IA. Je développe des fonctionnalités et des produits selon les besoins du moment et les attentes des clients et de nos équipes en interne.

Mobsuccess a intégré l’IA dans ses process depuis plusieurs années. Comment cela s’est-il traduit dans votre métier ?

Maxence — Du côté de la tech, nous avons été aux premières loges de cette révolution. J’ai commencé à travailler sur ces sujets dès l’été 2021, bien avant l’arrivée de ChatGPT. À l’époque, on expérimentait déjà la génération textuelle et l’image, et c’était bluffant pour l’époque.

Ensuite, il y a eu une évolution naturelle avec l’arrivée de ChatGPT, Claude et des autres modèles, ce qui a fait littéralement exploser le nombre d’outils à notre disposition. Aujourd’hui, l’IA est utilisée massivement dans les pôles tech et produit de l’entreprise, et commence à se démocratiser rapidement dans les autres équipes.

Et chez Mobsuccess plus largement, quel est l’usage de l’IA ?

Chloé — On distingue les usages commerciaux et les usages internes. Pour l’interne, l’idée est un peu la même que chez Spotify : faire en sorte que les développeurs ne fassent plus de code. C’est vraiment notre vision : que les développeurs puissent se focaliser sur d’autres sujets et ne soient plus là pour « pisser du code ».

Maxence — Notre métier d’ingénieur, c’est avant tout de penser et de réfléchir. Désormais, ce temps disponible à la réflexion est bien plus important dans notre quotidien. On peut se focaliser produit et fonctionnalités, et on laisse les agents s’occuper de l’aspect exécution, tout en gardant un contrôle et une vérification systématique sur les sorties.

Thomas Fagot, CEO de Mobsuccess, au volant dans les embouteillages sous la neige, la tour Eiffel en arrière-plan. Image générée avec JingleGen.

On entend beaucoup parler des agents IA, mais pouvez-vous nous en donner une définition simple ?

Maxence — Les agents sont des systèmes autonomes, autour d’un modèle d’IA générative. Avec des accès à des données internes ou externes, des outils, de la mémoire et de la réflexion, ils sont capables de répondre et prendre des actions par rapport à une tâche donnée par un utilisateur.

Par exemple, comme nos agents sont reliés à nos données, tu peux demander : « Donne-moi le budget pour telle campagne de tel client en 2025 ». C’est une demande toute bête, mais qui est longue à faire à la main. L’agent, lui, te donne la réponse en moins de 30 secondes sur Slack. C’est un gain de temps colossal.

On se désengage de tâches peu intéressantes d’un point de vue exécution, on a le temps de penser plus loin et d’expérimenter des choses qu’on n’aurait pas eu le temps ni les ressources de faire.

Et concrètement ?

Chloé — On va prendre un exemple très parlant : la partie prototypage. On arrive à faire des maquettes viables grâce à l’IA qu’on peut envoyer aux clients. En 3 jours, on sait si on y va, avant de s’engager massivement.

Notre vision, c’est que l’IA chez Mobsuccess doit être un assistant pour chacun, un agent pour tout le monde. Aujourd’hui, en 2026, on peut dire qu’on est en sous-performance quand on traite une tâche qu’on pourrait automatiser via l’IA.

Maxence — Pour un tech, cela permet de pousser plus loin sur tous les aspects du produit. Avant, il était focus entièrement sur la technique. Aujourd’hui, il fusionne une partie de son scope avec du produit, sur le design par exemple. Il peut avoir une réflexion produit/feature en lien avec son travail technique.

Chloé — Et tout ça, c’est rendu possible chez Mob avec le memenagement !

La même scène en plan large : la file de voitures immobilisées remonte jusqu'à la tour Eiffel illuminée, le CEO toujours coincé dedans.

Le memenagement ?

Chloé — On n’apprend pas ça dans les écoles ! Tout part de la question : comment embarquer des équipes dans une culture d’expérimentation permanente ? Comment leur donner l’envie, l’impulsion de se challenger avec des outils non conventionnels ?

Mobsuccess est une boîte tech friendly par nature, mais on est même un cran au-dessus, ça fait partie de notre ADN. On travaille dans la bonne humeur et la rigolade. Quand les gens sont heureux, ils ont envie de donner. Le meme fait partie de la culture et on arrive à embarquer les gens avec ça, c’est notre façon de faire.

Et c’est arrivé comme la tarte Tatin ! On utilisait une méthodologie agile pour un sprint planning dans Miro (outil de tableaux et de planification) concernant les 15 prochains jours. Accidentellement, on a donné le droit d’écriture à tous les techs, et c’est là que c’est né.

Pendant qu’on présentait, ils sont venus troller toute la présentation. Passer 15 minutes à faire du meme collectivement, cela fait le lien quand on travaille à distance. On libère la créativité. Cela permet de garder le cerveau de nos équipes en réflexion, que ce soit pour s’amuser, ou sur un sujet business ou d’architecture : comment automatiser, innover et avoir 4 coups d’avance.

Maxence — Dans la tech, on a même 10 coups d’avance. Et d’ailleurs, avec la montée du « vibe coding », tout le monde peut tester plein d’idées en amont, et pas que les techs. Derrière, on a un truc qui fonctionne à peu près, et après nous, on peut les accompagner. On gagne du temps sur le POC (Proof of Concept), il n’y a pas d’intermédiaire.

On peut aussi parler des démos clients, qui sont plus parlantes quand tu ajoutes de l’interaction, au lieu de simples slides PowerPoint avec du texte. C’est vraiment apprécié par les clients !

Chloé — Il ne faut surtout pas avoir peur que les gens deviennent des créateurs. Mais pour ça, il faut s’organiser : comment donner la capacité de produire et de construire ? Je vais reprendre une autre image : avant, les développeurs montaient des produits finis. Aujourd’hui, les développeurs sont des fabricants de briques de Lego. Il faut nous visualiser dans une forge à Lego : on donne ces Lego aux gens, et à eux de jouer avec. C’est une façon de comprendre comment l’IA change les métiers. Demain, tous créateurs !

La série bascule dans l'absurde : son 4x4 roule sur le toit d'une rame de métro aérien, au-dessus des voitures toujours bloquées.

Vous pouvez nous donner un exemple ?

Chloé — La philosophie chez Mobsuccess concernant l’IA est simple : il faut pouvoir tester pour voir ce que ça donne. Peut-être qu’on abandonnera, peut-être qu’on ira jusqu’au bout, mais on est obligé de se dire « testons ». On a la chance d’avoir un cadre de travail ultra bienveillant avec une équipe tech très libre, qui possède une grande liberté de parole et d’action. On leur donne un cadre, mais c’est uniquement pour pousser la créativité.

On vient de parler du memenagement, et de notre passion pour les memes.

Ce qui nous motive, c’est la production de memes au quotidien ; c’est vraiment notre fil rouge. Le problème était que nous nous amusions à en faire, mais que cela prenait trop de temps. Nous avons beaucoup de travail et nous ne comptons pas nos heures, mais nous aimons produire des memes à tout instant. La problématique était donc là : il fallait accélérer la production des memes pour tout le monde dans la boîte.

Maxence — Oui, c’est comme ça qu’est né JingleGen. On était en 2024, à seulement quatre jours de la soirée de Noël 2024. À la base, j’entraînais des modèles d’images pour nos besoins Content. L’idée est venue d’Ahmat Faki, VP Innovation & AI Strategy chez Mobsuccess. On s’est demandé si on pouvait entraîner ces modèles sur des humains, et plus particulièrement sur nous, pour voir ce que ça donnait.

Ça a pris une ampleur totalement involontaire, j’étais vraiment happé par l’idée, car on voyait qu’on pouvait vraiment s’amuser. Avec l’explosion des agents côté tech, c’était une occasion en or. Le challenge était de tester la mise à l’échelle sur 100 personnes et de tout développer en 4 jours pour la fameuse soirée de Noël. On s’est dit : « on y va, on voit ce que ça donne », d’autant qu’il n’y avait pas d’enjeu business derrière.

Le 4x4 a maintenant des ailes et des réacteurs, et survole les rames de métro dans la nuit enneigée.

Décrivez-nous cet outil

JingleGen est un outil de génération d’images interne pour les employés. A partir de la base de photos de tous les collaborateurs réalisées lors d’un shooting photo, chaque personne chez Mob peut générer des images mettant en scène ses collègues dans n’importe quelle situation. Mais bien sûr, avec des guidelines et une sécurité bien intégrées !

Cette V1 a été un véritable terrain d’expérimentation pour tester des idées tech. La question de la sécurité était primordiale : comment contrôles-tu ce qu’une IA peut sortir ? C’est crucial pour les gens, pour les clients et pour la sécurité des systèmes automatisés. Tout n’était pas parfait, mais on a démontré qu’on était capable de monitorer et de sécuriser un nombre élevé d’images sans casser la performance ni l’expérience utilisateur (UX).

On a exploré d’autres briques technologiques comme l’amélioration des prompts en temps réel, ou d’autres approches techniques sur la génération des images. Toute cette connaissance et cette tech que l’on a développées se retrouvent aujourd’hui dans Moby, notre chatbot LLM, et dans Moby Studio (le studio photo 100 % IA du groupe), des solutions que l’on vend à nos clients.

On avait un objectif sympa et une deadline avec la soirée de Noël. Si on échouait, ce n’était pas grave : fail early, fail often. Pour vous donner une idée, sans IA, il aurait fallu deux semaines pour poser la base ; là, j’avais déjà tout en 48 heures. C’était en 2024. Aujourd’hui, en 2026, cela nous prendrait seulement 2 heures.

Le 4x4 s'est mué en robot géant qui domine une ruelle, sous le regard de Thomas Fagot resté au sol.

Et entre nous, qui a eu l’idée du nom ?

Maxence — C’est moi qui ai trouvé le nom et le logo. On savait que c’était pour la soirée de Noël, donc les thèmes étaient la génération, l’IA et Noël. Je me suis aidé un peu de l’IA, en mixant ses idées avec les miennes. À la base, cet outil n’était pas censé rester, donc le nom était très marqué « Noël », ancré dans le moment, sans que ce soit trop professionnel ou trop carré. On voulait quelque chose de fun, mais pas cringe. Finalement, je suis parti sur la chanson de Noël Jingle Bells, ce qui a donné JingleGen.

Vous avez décidé ensuite d’aller encore plus loin ?

Maxence — La V1 était une plateforme à part, où il fallait se connecter avec son compte professionnel. La V2, sortie pour Noël 2025, est directement dans Slack. C’est devenu un agent autonome capable de lire le thread, et se souvient d’un historique avec toi. On peut mettre plusieurs personnes dans la même image ou changer la photo. C’est aussi beaucoup plus sécurisé : l’agent est autonome, chaque personne peut s’ajouter ou se supprimer soi-même, ce qui a renforcé la sécurité globale.

Travailler la sécurité est un point crucial pour nos projets commerciaux. On a même des « hackers internes » qui cherchent activement les failles. On a tout renforcé pour être fun et collaboratif, mais en gardant toujours un bon esprit. On a intégré des garde-fous très stricts (nudité, gore, SFW), avec des tests internes permanents, et jusqu’ici 100 % des images générées sont restées safe et appropriées.

On a également intégré du tracing et un watermark invisible, de vrais enjeux de sécurité, qui vont devenir obligatoires à partir d’août 2026 dans le cadre de l’AI Act.

La génération d’images est devenue ultra importante dans l’IA au sein de la boîte. Chez Mobsuccess, nous avons des clients qui veulent utiliser cette technologie. JingleGen nous sert de terrain de jeu pour pousser la tech au maximum.

Toute cette technologie, on la retrouve aujourd’hui dans nos produits commerciaux.

Chloé — Il faut savoir que la prémisse de JingleGen, c’était Pinkify. On s’amusait à passer toutes les images en rose pour Octobre Rose via un outil IA. C’est ce qui a donné JingleGen par la suite et qui a posé les bases de la génération d’images chez Mobsuccess.

Maxence — Avec la V2, on a poussé la tech au max, et tout cela va se retrouver dans les futurs agents de la boîte.

On en a pensé quoi en interne, chez Mobsuccess, de JingleGen ?

Maxence — Les gens ont accroché très vite, et ça se voit dans les chiffres. Pour la V1, nous avons atteint plus de 2000 images produites en un an. Avec la V2, nous avons déjà dépassé les 1000 images en seulement deux mois. On a réduit la friction en intégrant l’outil directement sur Slack, et ça se voit !

Et demain, JingleGen 3 ?

Chloé — Oui ! Il y a de l’usage, et cet usage crée forcément de nouveaux besoins. On veut aller encore plus loin, comme nous l’avons fait avec la vidéo dans d’autres projets chez Mobsuccess.

Maxence — Avec la V2, on a fait le tour des images statiques. La vidéo est l’un des gros challenges actuels dans le monde de la tech, ça peut être un bel objectif pour une V3 à Noël 2026. C’est un média ultra fort, mais il est difficile de produire de la vidéo à des coûts bas et rapidement. On veut pousser ce curseur encore plus loin. Cela peut passer par la vidéo pure, ou un entre-deux avec des formats comme le GIF.

On souhaite aussi explorer d’autres médias, comme l’audio. C’est un secteur qui va exploser d’ici la fin de l’année. Mais au-delà de la simple génération, il y a le côté « agentique ». JingleGen n’est plus une simple interface, c’est un compagnon de route. Nous n’en sommes qu’aux prémisses de tout ça, et il est encore difficile d’imaginer tout ce que le futur nous réserve.

Fin de la série : Thomas Fagot, en armure de super-héros, fait face au robot dans une rue parisienne sous la neige.

Si vous aviez un conseil à donner pour oser se lancer dans l’IA ?

Maxence — Tout le monde peut créer, tout le monde doit devenir créateur. Mon conseil est d’utiliser l’IA tout le temps, dès que c’est possible. Il faut être curieux et utiliser les LLM. Par exemple, si tu ne sais pas faire une formule Excel, demande à ChatGPT : il t’aide, te guide et t’explique.

On est à l’aube d’une vraie révolution. C’est normal d’avoir peur de l’inconnu, mais il faut se lancer, commencer tout doucement par un truc chiant que tu fais tous les matins : un Excel, un doc, un truc que tu voudrais supprimer. Même si c’est une tâche à faible valeur ajoutée, on s’en fout, on y va petit à petit. Ces systèmes seront présents dans les décennies à venir, donc il faut y aller, c’est le moment ou jamais.

Chloé — Il y a un confort à faire une tâche répétitive. Parfois, tu ne veux pas t’« upscale » toi-même, mais ce n’est pas la bonne approche. L’IA remplacera les gens qui ne veulent pas se servir de l’IA. En général, les interfaces font peur, mais parler en langage naturel est beaucoup plus simple, on peut parler à l’IA comme à un autre humain.

Maxence — Il ne faut pas hésiter à se faire accompagner. Cela permet de pousser les connaissances et l’expertise vers des personnes qui ne l’auraient jamais fait.

L’humain est plus attiré par l’aspect créatif que par le fait de remplir un Excel tous les matins. Si on peut automatiser les parties chiantes, il ne reste que les parties cool. Demain, nous aurons la possibilité de pousser nos connaissances et curiosités plus loin que ce qui n’a jamais été fait.

Chloé — Chez Mobsuccess, le memenagement n’est pas une anecdote. C’est une méthode : jouer vite, tester fort, sécuriser intelligemment, et transformer le fun en produit.

Nous serons tous des « vibe codeurs » ou des « vibe marketers ».

À l’heure où l’IA bouleverse tous les métiers, la question n’est peut-être plus « est-ce que cela va nous remplacer ? » Mais plutôt : sommes-nous prêts à redevenir créateurs ?

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